Hammams - le Cas du Maroc

Historique des hammams au Maroc

Le principe des thermes a été largement diffusé par les romains, les plus anciens construits il y a déjà 4 500 ans. Au Maroc, les premiers hammams apparaissent il y a environ 10 siècles.

 

Extrait de « Vers une gestion écologique des hammams à Marrakech, CME », cf. Ressources en fin de page.

« …On compte environ 6 000 Hammams au Maroc, dont 250 à Marrakech (900 000 hab). La répartition des hammams dans la ville de Marrakech se caractérise par une concentration historique dans le tissu urbain ancien (médina). Mais la tradition du hammam, comme lieu de propreté par excellence, a permis d’assurer sa distribution dans la nouvelle ville.

Au travers l’histoire, on trouve le hammam pratiquement dans chaque quartier. Cette entité urbaine est caractérisée par la présence d’un noyau, constant dans les villes islamiques anciennes, composé d’un complexe socioreligieux dont les éléments se déclinent en 7 composantes:

- Une grande mosquée (jâmea’) (par opposition à la petite mosquée : masjid)

- Une fontaine (sekkâyat)

- Une latrine (mirhâd)

- Un hammâm (bain maure)

- Un four à pain (ferrâne : pour cuire le pain du public)

- Une école coranique (msîd)

- Une zaouiat (siège d’une confrérie religieuse).

 

Le hammam fait partie du complexe religieux, généralement construit par des bienfaiteurs, par les princes ou rois, a historiquement un statut de « legs ». Le hammam et le four à pain constituent des services payants et les gains sont destinés à assurer l’entretien et le fonctionnement de la mosquée et de l’école coranique)

Si l’existence du hammam peut se justifier historiquement par l’absence de l’eau dans les habitations des quartiers de Marrakech, ce phénomène est soutenu aujourd’hui par la perpétuation d’une tradition d’assurer la propreté ou/et la purification qui ne peut se faite que par l’eau chaude. Espace domestique non encore à la portée de tout le monde comme c’est le cas en Occident. Mais au-delà de l’assurance d’un espace adéquat et conforme à une tradition séculaire, la présence du hammam dans les mœurs marocaines est signe de purification religieuse ou spirituelle.

La propagation des hammams dans le nouveau tissu urbain accompagne à nouveau le maintien de cette tradition et le renforcement d’une croyance populaire relative à la notion de purification.

Les contraintes urbanistiques sont la cause actuelle de la disparition du modèle du noyau historique socioreligieux dans les quartiers nouvellement créés, mais le hammam répond à ce besoin qui se détache de son noyau classique. Le hammam est répandu maintenant dans les quartiers de Marrakech comme tout commerce où seule la logique commerciale justifie le choix de son implantation… »

Le principe des hammams traditionnels avec chebka

Du point de vue énergétique, le principe de chauffer l’eau (ECS) et ensuite d’utiliser l’énergie des gaz de combustion non valorisée (les pertes) pour chauffer le sol de certaines salles du hammam est très ingénieux (se rapproche du tawakhana en Afghanistan, du kang en Corée du Sud). Le chauffage par le sol des salles chaude et tiède est réalisé par un hypocauste (chebka) présentant un fort volant d'inertie (déphasage et lissage du flux thermique).

 

On reprend ici un extrait de l’étude mentionnée ci-dessus :

«  …Il se compose souvent de trois chambres de lavage, de l’accueil et du vestiaire. La salle d’accueil, souvent de forme ronde ou carrée et vaste est le lieu d’échanges d’informations, ou de nouvelles connaissances.

Côté architecture, il n’existe aucun rapport entre l’esthétique d’un hammam, à la manière ancienne, et celle des douches très sophistiquées et suréquipées qui existent aujourd’hui. Par rapport aux descriptions des hammams à la manière romaine ou turcs, les hammams de Marrakech sont pour la plus part d’une architecture sobre et pratique.

Le hammam traditionnel est généralement pourvu d’un vestibule, lequel donne accès à une première pièce, la salle de déshabillage et de repos, souvent couverte d’une coupole. De la salle de déshabillage, on passe à la salle dite froide (frigidarium), puis à la salle tiède (tépidarium). En profondeur, la chambre chaude ou étuve (caldarium).

La lumière du jour est traditionnellement dispensée à travers des petits trous fermés par des vitres dans le plafond concave. Cette structure est restée la même jusqu’à nos jours. Les seuls changements ont trait à l’habillage des murs et du parterre, de carrelage ou de marbre à la place de l’enduit à la chaux (tadelakt : surface imperméable), ainsi qu’aux installations de distribution d’eau chaude et froide. Au lieu d’une vasque d’eau (borma), attenant à la chambre de combustion (fernatchi) située à l’extérieur, où les baigneurs remplissent leurs seaux, on a installé des robinets d’eau chaude et froide.

Le système de chauffage du hammam traditionnel est construit par des artisans confirmés maîtrisant les secrets du métier. Ainsi, les professionnels du hammam parlent de «chebka»  creusée dans le sous-sol de la chambre chaude, traversée d’une chicane conduisant la chaleur des gaz de combustion … »



Le revers de la médaille

Le fait de ne pas pouvoir dissocier le chauffage de l’ECS et de la chebka ne permet pas de répartir au mieux l’énergie fournie. Dans certains cas, en période hivernale de forte fréquentation, certaines chebka sont surchauffées et certaines parties difficilement utilisables par les clients. Maîtriser le niveau d’échange pour la production d’ECS est une voie importante d’amélioration des chaudières pour hammams traditionnels.

 

Les hammams du troisième millénaire, vers quelle évolution?

Une consommation exagérée de l’ECS généralement issue de la nappe phréatique, le recours à du bois non géré, des chaudières rustiques peu performantes et polluantes hypothèquent fortement la durabilité des hammams marocains.

Après 1000 ans sans forte modification, seule la modernisation concertée des hammams permettra de conserver ce patrimoine cultuel et culturel, garantissant une hygiène pour tous, assurant une mixité sociale et rythmant la vie du quartier.

 

Les nouveaux hammams repenseront une architecture pour conserver au mieux la chaleur produite en son centre, mieux maîtriser les échanges d’air extérieur et intérieur pour en garantir la qualité en limitant les pertes énergétiques, l’usage des planchers chauffants s’imposera, le recours à des chaudières HPEE avec du bois géré, l’usage de distributeurs d’ECS à jetons. Les savoir-faire artisanaux seront conservés (tadelakt, céramique, voûtes,...).

On peut souhaiter que des sociétés de services énergétiques mixtes(public-privé) dédiées assureront le bon usage des chaudières HPEE et le recours à de la biomasse renouvelable en lien avec des hammams labellisés HQE.

 

A ces conditions, la pratique du hammam restera accessible au plus grand nombre.

Sans cela, leur nombre va fortement diminuer et ne se maintiendront que les établissements de remise en forme pour une clientèle aisée.

 

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